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  • Photo du rédacteurLaurine Lussan

Tokyo : le laboratoire urbain du monde. L’architecture de Sou Fujimoto

Tokyo, capitale japonaise située sur la côte méditerranéenne de l’île Honshū, est un patchwork urbain composé de structures multiples dont l'assemblage a fait naître la ville. A cet égard, l’architecte Kengo Kuma rappelle qu’à l’origine, Tokyo était un agrégat de plusieurs centaines de villages.


La mégapole asiatique, confrontée aujourd’hui au surpeuplement, évolue par l’expérimentation d’une nouvelle culture urbaine et de nouveaux modèles de ville associant les styles ultra modernes et traditionnels visibles au travers de la présence de gratte-ciel près de temples anciens. Prenez le train en direction de la grande gare de Shibuya et laissez-vous surprendre par la nouvelle highline haute de 17 mètres construite sur le modèle de celle de New York et inaugurée en 2020 par son concepteur Yuji Hamano. Une highline sur laquelle repose en hauteur le parc Miyashita, un espace de repos surplombant les voies de circulation en contrebas. Non loin de cette impressionnante structure moderne, vous pourrez cependant trouver de nombreux petits cafés à la devanture discrète mais au style d’une tout autre époque.

Photo(s) 1 : Le parc Miyashita (Mitsui Fudosan)


Malgré les nombreux enjeux urbains auxquels fait face Tokyo, comme l’urbanisation intense créant de fort problèmes de saturation dans les quartiers centraux auxquels répondent les promoteurs immobiliers par la construction d’immenses immeubles où les rencontres ne peuvent être qu’impersonnelles, la ville semble favoriser un certain retour ou tout du moins un élan urbanistique vers cette ancienne forme urbaine de petits villages et petites ruelles chaleureuses où la vie domestique déborde sur la ville.


Pour l’architecte Sou Fujimoto (de son vrai nom Sōsuke Fujimoto), Tokyo serait comme un ensemble de points reliés, une jonction de différents tissus liés par certains lieux remarquables comme les gares et notamment celle de Shibuya, fonctionnant comme un carrefour dans la ville. Face aux immenses complexes modernes qui traversent la ville, cet architecte a pour projet de favoriser une nouvelle approche de l'architecture à l’échelle humaine, c’est-à-dire de construire des lieux de vie accueillant pour les habitant·e·s, par l’agencement organique de pièces et la présence d’espaces verts. Son idée serait alors d’associer une esthétique japonaise de la simplicité dans une approche moderne tout en appréhendant des nouveaux modes d’habiter, proches de l'exiguïté des petites maisons traditionnelles, recréant la proximité et le côté chaleureux des anciennes rues commerçantes de l’ex-Edo.


L’une de ses constructions les plus populaires est certainement son ensemble Tokyo Appartement construit en 2009. En plein cœur des quartiers résidentiels de Tokyo, cette construction de micro-maisons empilées les unes sur les autres à contre-courant des modèles classiques de l’habitat individuel semble une réponse originale à la densité de la capitale. Cette construction à l’allure précaire rappelle les ramifications d’un arbre et donne à l’ensemble une allure organique, vivante. Le tout fonctionne alors comme un kit offrant la possibilité d’agrandir son espace de vie à la verticale.

Photos 2 & 3 : Frédéric Gautron, 27 mai 2018, Made in Tokyo


En somme, Sou Fujimoto tire ici avantage des aspects négatifs de l’urbanisation. Ses constructions traduisent en effet un nouveau style urbain se servant de la densité pour créer un ensemble complexe répondant à un idéal de confort. Dans les centres villes où l’on trouve majoritairement de vastes immeubles comportant une multitude de petits appartements, il s’agit ici d’accéder à un semblant de maison individuelle.


Pour l’architecte Satoshi Kurosaki, une partie de l’urbanisme japonais repose sur l’idée de se décharger des aspects négatifs de l'exiguïté : il rappelle à cet égard que la célèbre cérémonie du thé déversait toute sa magie dans des endroits de petite dimension renforçant la proximité entre invités. Cette esthétisme japonais qui trouve de la beauté dans la modestie se fonde également sur une composante environnementale de l’urbanisme que l’on retrouve dans la Final Wooden House de Kumamoto construite en 2007-08 et pensé par Sou Fujimoto. Il s’agit d’une petite maison de week-end semblant perchée dans les arbres et dont le matériau de construction principal est le bois. Le tout fonctionne par l’empilement de rectangle de bois de cèdres de 350x350 mm aux usages changeants au gré des besoins : en effet, un morceau de bois peut très bien servir de chaise, d’étagère ou de sol. L’usage de l’espace est ainsi entièrement repensé et sa fonction laissée au libre choix des résident·e·s.

Photos 4 & 5 : Final Wooden House, 2007-2008, WordPress


Ainsi l’architecte réinvente-t-il une nouvelle façon d’habiter la mégapole et la densité en recréant des espaces chaleureux de proximité à l’aspect original fusionnant héritages traditionnels et urbanisme moderne. Sa force tient à l’agencement de structures fortes et complexes et d’ensemble minimalistes en favorisant une logique durable des matériaux de construction. Ainsi, en favorisant une approche de la ville à taille humaine, l’expérience de vie à Tokyo ressemblera-t-elle à celle d’un village ultramoderne ? (1)


(1) Tokyo : la culture de demain, Michael Trabitzsch, Allemagne, 021, 26 min

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