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  • Photo du rédacteurPénélope Santerre

La Gare Le Gore : une remise sur rail originale pour l’ancienne gare du pont de Flandre

23h10, Paris, 19e arrondissement. Arrivée à Corentin Cariou. Au sortir de la bouche de métro, une guirlande multicolore, un food truck et des gens assis sur des tables à l’extérieur. Ils jouent aux cartes et boivent des verres. Derrière eux, la peinture ou la photo d’une jeune fille aux cheveux noirs tressés, projetée sur le mur. On dirait une affiche de film d’horreur. C’est là. Et dire qu’on m’a vendu l’endroit tout l’été.


(Photographie issue de la page Facebook de la Gare le Gore)


C’est sûr que la déco a bien changé depuis le XIXe siècle : fini les mécaniciens couverts de suie, les contrôleurs qui sifflent pour diriger la circulation, les hommes à haut-de-forme qui portent une valisette et attendent leur train à la Gare du pont de Flandre. Abandonnée en 1934, la gare voit pendant un temps défiler et même s’installer des artistes, des squatteurs. Ils finissent par disparaître eux aussi. Mais les murs décrépis et les fresques de street art couvrent toujours les murs du bar jazz qui ouvre en 2017. Encore un nouveau départ, des gens qui viennent écouter et jouer librement de la musique tous les jours, une ambiance de fête et la foule en délire : c’est la nouvelle Gare.



Sauf qu’à minuit, plus rien. La salle se vide, on voit mieux les tags et les tapis sur les murs. C’est féérique et prosaïque en même temps. Des messages didactiques : « Mort à ceux qui utilisent le mot Province ». Pas de doute, il s’agit d’un lieu alternatif.

 


Vous voyez Cendrillon ? A minuit, tout change. Sa beauté s’évanouit et elle redevient invisible. Elle a montré sa face soignée. Désormais, les couleurs s’assombrissent et elle retombe dans la banalité du quotidien. Minuit, c’est le passage qu’on attend tous dans le film. C’est aussi ce qu’attendent les personnes qui forment la file devant une porte, taguée bien sûr. Mais là, pas de prince charmant, pas de soulier de verre. Il s’agit de descendre un escalier, de se fondre dans un nouveau décor, dominé par des voûtes de pierre et des néons rouges : c’est le Gore, la partie sous-terraine de la gare, transformée en boîte techno.

 

Comme Cendrillon, les gens ont changé d’apparence. Vêtements noirs, banane autour de la taille, lunettes de soleil,voire éventail pour les habitués. Les bpm s’accélèrent, la chaleur s’installe…

 

Une chose est sûre, les voyageurs de la Gare du pont de Flandre ne dansaient pas comme ça. Le lieu était même certainement désert à 4 heures du matin. Mais aujourd’hui et tous les jours, la gare vit jusqu’à minuit, puis s’endort, laissant la place au Gore. Une reconversion bien réussie.


Inspirée de l'écriture de George Perec dans Tentative d'épuisement d'un lieu parisien où il s'immerge dans un espace puis écrit ses observations et sensations, je m'installe dans des lieux choisis avec l'équipe de la revue pour en rendre compte à ma manière. D'autres espaces sont à venir... écrivez-nous pour en suggérer !


Les photographies sont issues de prises personnelles sauf mention contraire.


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