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  • April Tourot

Le plateau de Saclay : quels enjeux en termes d'urbanisme transitoire ?


Espace-temps dilatés sur le plateau de Saclay


Le plateau de Saclay est depuis longtemps un territoire en projet. Il connait des mutations importantes passant d’une zone naturelle et agricole à un campus urbain à vocation internationale à la fin des années 1970. Sur la ZAC de l’école polytechnique, créée en 2012, s’implante successivement établissements d’enseignement supérieur, logements étudiants, sièges sociaux d’entreprises, laboratoires de recherche et développement. Ces projets, pensés pour que le plateau devienne un véritable pôle d’innovation, exigent la mise à disposition d’un foncier considérable, au détriment du développement des espaces publics du campus. L’opération d’aménagement débute courant 2013. La priorité est alors donnée à la livraison des bâtiments de logement et d’enseignement. Leurs temporalités de livraison sont très allongées et la multiplicité des opérations implique un phasage complexe. Malgré une urbanisation rapide de ce territoire, la procédure de ZAC exige un planning de réalisation qui s’étend sur presque 20 ans. Ce temps long se fait particulièrement sentir dans l’aménagement des espaces publics, livrés la plupart du temps après la finalisation du bâti.


Un autre problème se pose dans l’aménagement de ces espaces : celui de leur échelle. La surface au sol de la ZAC faisant près de 265 hectares, les parcelles des bâtiments d’enseignements, des immeubles de logements et des entreprises sont souvent très vastes. Les espaces publics qui les environnent sont donc eux-aussi disproportionnés. Cela conduit donc aujourd’hui à l’aménagement d’espaces publics aux superficies très importantes donc souvent complexe. Leur dimension les rendent de fait peu enclins à une appropriation par les usager·ère·s. Ils sont souvent très vastes et les habitant·e·s du quartier préfèrent les traverser plutôt que d’y rester. Benjamin, étudiant résidant sur le campus déplore la superficie démesurée de ces espaces : « les espaces verts sont tellement grands qu’il y a peu moyen de s’y poser. Enfin ça donne pas très envie quoi ». C’est la sensation de lieu qui manque en réalité dans ce quartier. Tous les espaces verts qui structurent le tissu du campus sont très étendus, peu aménagés et peu disposés à devenir le support du développement d’activités et de lieux de sociabilités. Pour que ce campus urbain prenne vie comme le revendique l’EPA Paris Saclay il s’agit donc d’améliorer la qualité de ces espaces à court terme, de les mettre en valeur rapidement et efficacement afin de permettre une meilleure appropriation par leurs usagers et usagères, quelque soit l’état d’avancée de la construction du bâti environnant.

L’urbanisme transitoire comme outil institutionnel de lutte contre la vacance d’espaces publics


C’est en 2019 que l’EPA Paris Saclay organise une consultation d’agence d’urbanisme, d’architecture et de paysages pour penser une nouvelle stratégie d’activation du territoire en prenant appui sur l’urbanisme transitoire. Il convient donc de voir comment les outils apportés par l’urbanisme transitoire peuvent participer à l’appropriation des espaces publics d’un territoire en projet à partir de l’exemple du Pavillon place M. Perey.


Le point de départ de cette réflexion est de penser la fabrique d’un territoire sur le temps court et d’éviter de maintenir cet état de chantier généralisé à tous les espaces publics du site. C’est pourquoi l’EPA Paris Saclay en 2019 nomme, après consultation, l’agence Le Sens de la Ville en association avec Julien Beller Architecte, Gingko Avocats et le bureau d’études Scoping pour la mise en place un plan d’action. Ce groupement est donc en charge de la mission stratégique d’urbanisme transitoire sur l’ensemble du territoire défini OIN (Opération d’Intérêt National). Il vient fixer des orientations et mettre à disposition une boîte à outils pour donner des réponses à court terme aux problématiques posées par la vacance des espaces publics. La stratégie intitulée « Paris Saclay Version Bêta » est donc créée afin d’œuvrer à la revalorisation, pendant toute la durée des chantiers, des sites en attente d’un aménagement définitif. Le but recherché est donc de casser l’image d’un campus mono-fonctionnel et peu attractif pour des populations extérieures. Il s’agit pour ce faire de créer des espaces évènementiels ainsi que des lieux de convivialité à destination des premie·ère·s usager·ère·s et habitant·e·s. De plus, cette mission tient également pour ambition de renseigner et d’informer les usager·ère·s des projets d’aménagement futurs en donnant à voir des modélisations et en préfigurant des équipements publics. Ces renseignements devront être mis à disposition dans une « maison du projet » qui centraliserait toutes ces informations. Dans cette optique, la mission doit venir « activer » des espaces publics du campus, en d’autres termes leur donner vie.



"Faire lieu" grâce à l'urbanisme transitoire : aménagements légers laissés libres d'usages


En 2021, à l’issue de l’élaboration de cette stratégie, deux groupements ont été désignés pour concevoir et réaliser les aménagements sur la ZAC de l’école polytechnique et le quartier du Moulon. Sur le périmètre étudié (ZAC de l’école polytechnique), Depuis 1920 est nommé mandataire en groupement avec Quidam et Quatorze pour la co-construction d’un pavillon démontable sur la place Marguerite Perey, lieu de centralité sur le plateau. Le choix de l’emplacement est stratégique. En effet, la place structure un ilot mixte regroupant à la fois résidences étudiantes (la résidence Kley et la toute récente résidence Rosalind Franklin), commerces et le bâtiment de Télécom Paris. Également située à proximité de la future station de métro de la ligne 18, cette place se veut à l’avenir plus investie qu’elle ne l’est aujourd’hui. Choisir d’y construire un Pavillon n’est donc pas anodin, il permet d’accompagner les changements d’usages de cet espace et d’y préfigurer sa centralité future.


Source : chroniques architectures

Le bâtiment octogonal se compose donc d’une surface intérieure de 100m2 et d’une terrasse de 100m2 également. Cette superficie laisse donc place à des usages variés, du lieu de retrouvailles à toutes heures de la journée à l’accueil d’associations ou d’ateliers. Il pourrait être également le support de pratiques sportives. Il est monté sur des mini-pilotis ce qui permettra de le déplacer dans d’autres zones selon les décisions prises par l’EPA. Le Pavillon est actuellement toujours en cours de construction et son ouverture était prévue pour début 2022. D’un point de vue architectural, les concepteur·rice·s s’engagent aussi à mettre en regard une construction d’une hauteur relativement basse face à des immeubles beaucoup plus hauts et massifs lui offrant ainsi un caractère plus « familial » et accueillant. Grâce à ce type d’aménagement le tissu urbain se diversifie et le paysage du campus avec. Avec cet aménagement, il y a donc la volonté de faire lieu dans des espaces publics souffrants d’un manque d’appropriation.


Dans le cadre de « Paris Saclay Version Bêta », d’autres aménagements temporaires sont en cours de réalisation et notamment sur la partie quartier du Moulon avec les actions de l’agence de design Vraiment Vraiment. Celle-ci réalise du mobilier urbain et organise des animations dans une démarche participative visant à impliquer les citoyen·ne·s dans le fonctionnement et la conception de ce mobilier.


Source : chroniques architectures

Le point F également situé dans le quartier du Moulon est un ancien centre de formation de la police nationale à Gif-sur-Yvette a été réinvestit par Vraiment Vraiment pour proposer une programmation d’événements culturels et d’activités tout public. Ces événements ont lieu le plus souvent le week-end ce qui participe au dynamisme du quartier en dehors des horaires de travail. Ce dispositif existe depuis l’été 2021 et son bilan de fréquentation a été assez positif, il sert donc de modèle au Pavillon actuellement en construction au cœur du quartier Polytechnique.



Ainsi, l’urbanisme transitoire semble apporter des réponses concrètes et rapides pour pallier le manque de services et d’infrastructures dans des territoires marqués par des mutations urbaines d’envergure où les projets sont menés sur le temps long. Dans le cas du plateau de Saclay, il y a la nécessité d’établir des espaces publics redevenant lieux de possibilités diverses à court comme à long terme. Le plan Paris Saclay Version Bêta entend œuvrer au développement de ces nouveaux usages culturels, associatifs, pédagogiques et solidaires. Néanmoins, étant donné la nouveauté de ces projets il reste difficile d’anticiper durablement l’impact que ceux-ci auront sur les pratiques des habitant·e·s et des étudiant·e·s.


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