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Anaïs Lefranc-Morin, de la mobilité à la transition écologique

Mis à jour : nov. 12

Diplômée du Magistère en 2012, elle est aujourd'hui Chargée de prospective et d’innovation, Transition écologique à l'Agence Nationale de la Cohésion des Territoires


Magistram : Pourriez-vous décrire brièvement votre parcours universitaire ? Quels étaient les thèmes qui vous intéressaient lors de votre formation en urbanisme ?

Anaïs Lefranc-Morin : J’ai d’abord fait deux années de classe préparatoire Lettres et sciences sociales (B/L) au cours desquelles je me suis découvert une appétence pour la géographie et les sciences sociales. Cela m’a conduit à intégrer le Magistère Aménagement et urbanisme de Paris 1. Pendant les trois années de cette formation (2009-2012), j’ai exploré différents sujets : les dimensions territoriales de la pauvreté en milieu rural au cours d’un stage chez EDF R&D, les liens entre forme urbaine et dépendance automobile dans le périurbain francilien à l’occasion d’un mémoire de recherche en M1, la prise en compte des circuits de proximité dans les écoquartiers à travers mon atelier professionnel… En réalité, je m’intéressais à tout ce qui touchait aux modes de vie et au développement durable, à la fois sous l’angle écologique et social.



Magistram : Comment s’est déroulé le passage de la fin d'études à votre premier emploi ? Souhaitiez-vous entrer dans le monde professionnel directement après le M2 ?

ALM : J’ai eu beaucoup de chance ! Bien qu’attirée par la recherche, je ne souhaitais pas m’engager dans un cursus académique mais entrer rapidement dans le monde du travail pour mettre en œuvre ce que j’avais appris durant ma formation. Grâce à Francis Beaucire, qui dirigeait alors le Magistère, j’ai fait, comme « job étudiant » en M2, un travail de synthèse d’actes de colloque pour le Forum Vies Mobiles, un institut de recherche sur la mobilité créé un an auparavant. Les directeurs du Forum souhaitaient étoffer leur équipe et ils m’ont proposé de les rejoindre. J’y ai fait mon stage de fin de M2, puis j’y suis restée pendant six ans.

Magistram : Pourriez-vous présenter l’ANCT et les évolutions apportées par ce changement de nom et de composition de la structure ?

ALM : L’Agence nationale de la cohésion des territoires a été créée au 1er janvier 2020. Elle est issue de la fusion de différentes institutions dont le CGET (commissariat général à l’égalité des territoires), lui-même issu en 2014 de la fusion de la DATAR avec l’agence alors en charge de la politique de la ville. L’ANCT incarne avant tout un changement de posture de l’Etat en matière d’aménagement du territoire : il s’agit de répondre aux besoins des collectivités locales et de leurs groupements dans la définition et la mise en œuvre de leurs projets, à travers des programmes nationaux (Action cœur de ville, Territoires d’industrie, France Très haut débit, Société numérique, Lien social et image des quartiers, etc.), la coordination de l’utilisation des fonds européens, et des offres d’accompagnement sur-mesure.

Magistram : Quelles missions y exercez-vous ? Pourquoi avez-vous choisi de changer de structure et de champ thématique après plusieurs années sur les questions de mobilité au Forum Vies Mobiles ?

ALM : Mes années au Forum Vies Mobiles ont été une formidable expérience. Quand j’y suis entrée, c’était une structure très récente, de petite taille, dirigée par deux personnes remarquables qui abordaient la question de la mobilité avec l’envie de faire bouger les lignes. La particularité de cet institut est de croiser des expertises scientifiques, professionnelles, artistiques, citoyennes autour de la question : quelle mobilité voulons-nous vraiment pour demain ? J’ai pu y mener des missions aussi diverses que passionnantes : pilotage de projets de recherche, d’expérimentations et d’événements, conception et coordination d’ouvrage et d’expositions… Simplement, après plusieurs années, j’ai souhaité aborder d’autres thématiques et revenir aux questions d’aménagement du territoire en rejoignant le CGET.

En tant que chargée de prospective et d’innovation à l’ANCT « Transition écologique », mes missions consistent d’abord à identifier des sujets pour lesquels les territoires pourraient avoir besoin de notre appui, parce que transversaux, complexes ou émergents. Il s’agit ensuite de donner des éclairages aux acteurs grâce à des enquêtes, des publications, et surtout de concevoir et piloter des Fabriques Prospectives. Chaque Fabrique Prospective nous permet d’accompagner quatre territoires sur une question d’intérêt tant local que national (par exemple, la mutation des modes de production et de consommation dans les villes moyennes dans une perspective de transition écologique), en mobilisant des méthodes prospectives et d’intelligence collective qui permettent d’articuler réflexion de long terme et recherche de solutions de court terme. L’objectif est de favoriser l’émergence de projets et de politiques qui intègrent davantage les enjeux de long terme et, en particulier les enjeux relatifs à la transition écologique, tant au niveau local que national.

Magistram : Vous avez publié récemment un rapport de l’ANCT intitulé "La transition écologique comme moteur de la cohésion des territoires", pouvez-vous nous le présenter en quelques mots ?

ALM : Le constat de départ était que les politiques d’aménagement du territoire héritées du XXe siècle ne sont plus complètement adaptées aux besoins du XXIe siècle. Alors qu'elles ont été conçues dans une logique d’équipement des territoires, elles doivent désormais intégrer pleinement les enjeux de transition écologique : le changement climatique, l’effondrement de la biodiversité, la raréfaction de certaines ressources, les inégalités environnementales, etc. Inversement, les enjeux territoriaux de la transition écologique apparaissent de plus en plus clairement. Cette publication vise à interroger comment transition écologique et cohésion des territoires peuvent davantage aller de pair. Composée de cinq tomes, elle est le fruit d’un travail mené en 2019 avec des chercheurs, des professionnels et des élus.



Magistram : Après près de trois années passées au sein du pôle prospective et innovation du CGET puis de l’ANCT, comment définiriez-vous la prospective ?


ALM : Je constate que pour les acteurs, la prospective est avant tout une manière de « sortir la tête du guidon » par rapport au quotidien en se demandant : est-ce que nos manières de faire sont adaptées aux transformations que nous vivons ? Qu’est-ce qu’il faudrait changer pour prendre en charge les enjeux qui émergent aujourd’hui et qui pourraient devenir plus vivaces encore demain ? Comment engager ces transformations, en identifiant ce qui peut être mis en œuvre maintenant et ce qui nécessite davantage de préparation ?

De manière plus fondamentale encore, la prospective interroge les finalités de l’action : où souhaitons-nous aller collectivement et comment pouvons-nous le faire ? Elle repose sur la conviction que le futur n’est pas écrit d’avance et qu’il sera - au moins en partie - ce que nous en ferons. En ces temps d’incertitude, elle véhicule un message d’espoir : à nous de construire collectivement le monde de demain dans lequel nous avons envie de vivre !

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